L`envers des mots
La saudade
Aimer, entre souffrance et passion
Dans ce nouveau rendez-vous de L’envers des mots, Fab nous entraîne au cœur de L’Amour – Fleuve de Carla Madeira, un roman où aimer signifie aussi porter ses blessures, ses silences et ses contradictions.
La saudade - Aimer, dans sa réalité, entre souffrance et passion
Pour le retour de ma chronique je voulais présenter un livre solaire. Un livre léger, mais à la profondeur émotionnelle intense.
Je vous ai beaucoup parlé de mon amour de la littérature Russe, aujourd’hui nous traversons l’océan pour rejoindre l’Amérique du Sud avec L’Amour – Fleuve de Carla Madeira.
→De quoi ça parle ?
Ce court roman est une fresque sur l’amour et son importance dans nos vies.
Loin de l’histoire à l’eau de rose, on suit au milieu d’une multitude de personnages, Venicio, Lucy et Dalva.
Chacun illustre un pan de ce sentiment indescriptible.
Au travers de leurs vies, et de leurs liens, l’auteure dépeint avec une justesse infinie la complexité de l’amour tant dans notre perception, que son influence sur notre existence.
Dalva représente l’enfance heureuse, la vie stable, le « le rêve idéal » tandis que Venicio et Lucy, eux, illustres deux âmes au passé lourd, deux âmes écorchées.
On suit au fil des pages la rencontre de Dalva et Venicio, leur amour grandissant, leur construction dans un réalisme absolu, jusqu’à l’apparition drame qui entrave leur idylle. Alors le couple bascule de la passion à la souffrance.
A côté d’eux, évolue Lucy. Jeune orpheline, beauté divine, devenue prostituée par choix.
Parfois la vie n’est pas un long fleuve tranquille et toutes les rivières finissent toujours par s’y jeter. Ainsi leur chemin se croisent et s’enlacent ; le roman explose.
Mais le texte ne s’arrête pas là, il aborde aussi les grandes thématiques de l’héritage familiale, de la pauvreté et de la destinée due à la condition de notre enfance et de notre milieu social.
Tout est là : la passion, la tendresse, le sexe, la culpabilité, le désir de partir, le besoin de rester. Et au-dessus de tout cela, cette question : comment aimer avec ce que l’on a reçu, avec ce que l’on est.
C’est une histoire “vraie” d’amour, avec ses zones d’ombre, ses éclats de lumière, ses douleurs et ses instants de grâce.
Le livre sait nous toucher au cœur parce qu’il refuse de mentir.
→Portée de l’œuvre
La langue de Carla Madeira est un choc. Son écriture oscille entre simplicité et poésie.
Elle nous confronte à la réalité de la vie. A la réalité des relations. A travers des histoires belles et sales, elle nous met face à nous-même. Face à l’Amour.
Sous l’apparence d’une histoire de couple, Madeira traite des sujets extrêmement profonds.
Tout d’abord, le roman est très corporel. Par ses descriptions et ses images, il nous tient immergé dans le récit et réussi à nous faire percevoir tant la douleur que l’érotisme des scènes.
L’auteure dépeint le corps comme un lieu de mémoire. Il est notre héritage et le porteur de nos blessures invisibles. Elle ne différencie pas le cœur du corps ; c’est un tout. Il garde la trace des traumatismes, de tout ce qu’on vécu et en est le seul transmetteur.
Madeira nous fait sentir comment un simple contact peut réveiller une ancienne douleur, un ancien bonheur ; comment le corps “sait” parfois avant l’esprit.
C’est une profondeur clinique, sensuelle : l’amour n’est pas seulement un sentiment, c’est une expérience incarnée.
Mais le cœur du roman, bien que dans la passion et la complexité des sentiments, encre une réflexion sur le temps qui passe, comme une chose vivante, sinueuse, aux déplacements lents et irréguliers.
L’Amour – Fleuve. “L’amour, c’est un long fleuve qui ne cesse de se modifier”.
A travers le récit, Madeira confronte le corps et les sentiments face au temps, en nous révélant une vérité qui dérange.
L’amour ne se résume pas au moment de la rencontre ou de la passion, c’est une expérience longue, sinueuse et envahissante.
Aimer, ce n’est pas effacer les blessures, c’est vivre avec elles.
Elle se concentre sur ce qu’il se passe avant, pendant mais aussi après, en décrivant la réalité du désir mais aussi du manque, de la jalousie et de la colère.
Elle nous dépeint, avec une écriture sèche et rythmée, l’intensité de l’amour tant dans la souffrance que dans l’obsession. En ce sens, elle nous met face à nous-même. Sans jugement, elle nous mène vers une meilleure compréhension de nos sentiments.
Enfin, bien que le roman soit une exploration de l’intime, il aborde aussi la thématique sociale.
On entrevoit la pauvreté brésilienne et les différentes vies dues aux mœurs de classes sociales variées. Dans sa plume brute, l’auteure dresse le tableau de ce qui émane de la misère, notamment dans le silence et la violence d’un foyer familial.
On en voit alors les conséquences portées à notre vie adulte. Comment notre enfance, comme héritage, construit notre vie, nos sentiments et notre comportement.
Cette lecture est une ode à l’amour certes, mais aussi à la passion et au renfermement, aux cris et aux silences, qui oscille entre tendresse et violence. Le texte s’inscrit dans une modernité où l’on ose regarder de très près les relations humaines, sans les idéaliser, pour les comprendre, dans toute leur complexité émotionnelle et psychologique.
→Quoi penser le livre refermé ?
Ce livre revêt pour moi une importance particulière puisqu’il est intervenu à une période compliquée de ma vie, notamment sur cette thématique.
Alors, je ne sais pas si je peux vous proposer de grandes ouvertures de réflexion ; cette fois je vais simplement vous partager ce à quoi il m’a confronté.
Ce roman n’a pas de morale consolante ; il nous transmet et nous rappelle une simple vérité, si “aimer c’est accepter de perdre, et donc souffrir” , c’est aussi accepter qu’aimer, c’est porter ce qui parfois ne pourra jamais entièrement être réparer.
Il m’a appris à regarder mes propres ratés, mes propres contradictions et m’a mis face à ce sentiment dans toute sa réalité et sa complexité en me poussant tant à réfléchir à ce que nous disons, mais surtout à ce que nous taisons dans nos relations.
Je crois que la passion est galvaudée mais que l’amour existe au sein de chaque chose dans nos vies.
En terminant cette chronique, une question m’apparait :
Je me demande comment définir l’amour ?
Quelle serait sa définition si nous devions l’expliquer à quelqu’un.
Je trouve que c’est un terme indéfinissable. C’est peut-être en cela que réside sa pureté, son unicité, voir même sa divinité.
Une chronique qui nous rappelle que l’amour ne se laisse peut-être pas définir si facilement. Il se vit, se transforme, blesse parfois et laisse toujours quelque chose derrière lui.
Merci à Fab pour ce nouveau partage dans L’envers des mots, et merci à vous de l’avoir lu.
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