

La lampe laissée allumée
Il y a des soirs où la nuit arrive trop vite.
Pas avec fracas.
Avec cette lenteur qui ressemble à un oubli.
La pièce s’assombrit sans prévenir.
Les angles disparaissent.
Les murs deviennent flous, comme s’ils ne savaient plus très bien où ils s’arrêtent.
Alors je laisse une lampe allumée.
Pas pour voir clair.
Juste pour ne pas être entièrement dans le noir.
La lumière est petite.
Presque timide.
Elle ne chasse pas les ombres —
elle leur parle doucement.
Sur la table, les objets reprennent un contour.
Un livre entrouvert.
Une tasse refroidie.
Des mots qui attendent encore d’être écrits.
La lampe éclaire ce qui reste.
Ce qui persiste quand le jour se retire.
Les pensées qu’on n’ose pas dire à voix haute.
Les silences qui n’ont pas encore trouvé leur forme.
Il y a dans cette veille une forme de fidélité.
À soi.
À ce qu’on n’a pas terminé de comprendre.
À ce qu’on porte sans toujours savoir le nommer.
Je laisse la lampe allumée
pour ne pas fermer trop vite les portes intérieures.
Pour permettre à la nuit de passer
sans tout emporter.
Parfois, il suffit d’une petite lumière
pour rappeler au cœur
qu’il n’est pas seul dans l’obscurité.
Élisabeth de Cordoba
"Pour une expérience de lecture parfaite"
Suivez-nous
Recevez les nouveautés, extraits et offres littéraires de TheLibrisWorld.
(No spam. You can unsubscribe anytime.)