L’écume d’une déclaration CCXXXXVI
Damien Mohn -Écrivain / Photographe
Entre rêverie amoureuse, réflexion existentielle et contemplation poétique, Damien Mohn construit ici une prose libre, mouvante, profondément habitée par les contradictions humaines.
« L’écume d’une déclaration CCXXXXVI » est un texte qui se traverse comme un long souffle intérieur, entre lumière, mélancolie et désir de liberté.
Un coup d'œil furtif jeté sans prévenir comme l'effet est à la cause, la conséquence d'une libre circulation, elle me suivait marchant juste derrière et la porte s'ouvrait, alors me faufilant aspiré par le chemin, la sentant dans le dos, elle me prenait la main, et prenant à droite on s'aventurait sous la pluie.
Le malaise après-coup, que les sens aient éprouvé la frustration de ne pas l'avoir regardée, projetait au lendemain l'attente de la dévisager.
Rattraper une erreur avait la fâcheuse tendance de nourrir le regret, à imaginer le bonheur plutôt que de pleurer…
Que de bonheur échappé à sacrifier ainsi une situation, à la crainte d'échouer à ne pas avoir oser tenter !
Que penserait-elle à imaginer faire une crise de jalousie, dans l'hypothétique fantasme irréel qu’il puisse devenir réalité, à dire « ne te dérange pas » « fais comme chez toi » et surtout n'oublie pas que l'on repart tous les deux ce soir, je voulais juste savoir si tout allait bien...
De ces simples mots et quelques phrases croisées au détour d’un contexte, l'amour remontait en surface l’oxygène, comme pour rappeler la vie aux souvenirs d'enfance arrosant ainsi ces images pour faire grandir la lumière, alors elle inclinait la tête et d'un geste sensuel, elle défaisait son écharpe comme pour décharger le trop-plein d’un spleen sur un ciel étoilé, ainsi elle s'allégeait des souffrances, embrassant une certaine idée de la liberté qui n'avait de naturelle que la volupté de son regard, tombant malgré elle en proie aux longs ennuis…
À chaque instant à regretter les plaisirs que l'éphémère dissimulait comme les caresses inventées, la peur du regard extérieur en plus du temps qui passait, nourrissait le supplice d’enjeux trop avancés pour abandonner, mais pour aller ou, le cœur et la raison s’embrouillaient, la beauté s’opposait à l’utile, l’inconnu interrogeait à imaginer changer de classe sociale, et de nouvelles surprises arrivaient, toujours plus étonnante quand après avoir tant espéré, l’illusion s’arrangeait pour augmenter encore les degrés, ce qui paraissait improbable que d’espérer dans le désespoir, et que noyé dans une réalité, la réalité s’adaptait à l’espérance et là était le danger de faire du déni une réalité plutôt que de quitter la zone de confort pour sauter dans le grand bain, or à rejoindre un nouvel univers, c’était quitté ses repères, mais n’était-il pas possible de rester en zone de confort sans désespérer ?
À rêver de lui prendre la main et de trouver bon dans les arts que l'encre coule sur la feuille pour former sur l'eau les formes abstraites de douceur que l'on ne voyait pas dans les plus grandes paix, alors à voir l'heure tourner, elle allait et venait dans le couloir, à dire que l'on allait finir par manquer ce pour quoi nous étions là…
À prendre la voiture, braver les bouchons pour rejoindre à Barbizon, à se balader sur les sentiers près de la forêt entre les pins, les chênes et les fougères, enchantés d'être débarrassé des soucis, à contempler la nature, les papillons et les fourmis, et sentir que la chance est grande sous ce ciel chimérique, à prolonger la promenade par l’agréable sensation que toutes les fleurs procuraient à nos âmes, le coucher de soleil reflétait sur nos cœurs l'écho d'un labyrinthe compromettant la beauté devant l'éternité, à cet instant, elle me prenait dans ses bras et nos lèvres en contact s'exposaient à ne pas mentir pour ne pas ruiner la journée, de la vertu se mêlait le destin et de l’inconsolable douceur le silence autour de la clairière nous remplissait de joie.
Le cœur vagabond à s'imaginer héros tragique d’un amour, à aimer et à rire parce que le voyage se découvrait agréable, et que dans tous les recoins de la société, les lieux publics, la rue, les églises, chaque petite route et chaque sentier, dans ces asiles innombrables dont seule la nuit cueillait les baisers sombres, il semblait difficile de tenir ses pensées à distance tant l’imaginaire s’excitait devant tout ce qui pouvait advenir et qui n’était pas encore, alors qu’elle soit soleil, mer, parfum, lumineuse, heureuse ou créatrice, entre à prendre ou à laisser le cœur balançait.
À vouloir faire plaisir sans prendre le chemin attendu, parce que les choix de vie aux yeux des autres pouvait être différent, que tout se passe bien une première fois et qu'à répéter, dans l’absurde contradiction de cueillir sans recevoir, le partage semblait confus quand l’aliénation décrivait que la pensée justifiait l’émotion, alors à jouer le jeu à sacrifier à la source une eau bénite précieuse pour les dieux, la réalité imprimait la contrainte d'accomplir sans tristesse la plus grande des misères, alors à faire des instants un voyage, ici ou ailleurs, le songe poussait à cacher le paysage où la neige enveloppant les montagnes entourées de brouillard, projetait que la beauté au-delà des apparences, se trouvait dans la nature et nullement chez les hommes, ainsi dépouillé de tout artifice la joie souffrait de bouffonnerie, alors que le mental guide tranquillement, l'apaisement consistait à chasser les idées noires, de cinq minutes captées, deux heures venaient de s’écouler, ainsi le monde cet oiseau du ciel semblait pétrit de gratitude, nous ne pouvions qu’être heureux pour ce voyage extra.


Pouvait-il paraître invraisemblable de tomber amoureux, à ne pas croire tout ce que la société inventait, pour repousser l'idée que l'on ne pouvait pas être heureux à vivre sa vie, comme si « aimer » était un acte malaisant, et que se recueillir dans une bulle intérieur à l’abri des violences pour prendre soin d’une intériorité, lire alors était inutile et une perte de temps, comme si prendre le temps de vivre sans être obligé de produire annonçait une victoire or les gens aujourd’hui ne vivaient que pour travailler, ce qui arrangeait le système car le progrès luttait contre l’intériorité, créer des gens médiocres favorisaient les élites, ainsi à vouloir avoir plutôt qu’être, l’humain souffrait de carences.
Ainsi un cierge brûlait en plein jour et nul soleil ne pouvait flétrir la flamme, il ne s'agissait pas de célébrer la mort mais de faire le bien, d’essayer de voir dans la mort une compagnie alors dans le dévouement de la lumière, du mystère à l'énigme, de la morsure aux baisers, les métaphores menaient vers de subtiles douceurs baignées de paix et de lucidité.
S'il n'était plus possible de se confronter, comment faire pour trouver la bonne voie, car ayant reçu une bonne éducation, ayant vécu une enfance heureuse et être heureux aujourd'hui, comment faire de l'agencement un ensemble sans être condamné parce que la gentillesse passait comme un fardeau, le vol ne m'avait pas été appris et dans une société ou le vol est nécessaire, à résister aux méchancetés, il me semblait vivre la meilleure version de moi-même, mais alors à se nourrir de tristesse, comment pouvait-il être possible d'être heureux à voir que les lois sont pensées vers une même fin, n’était-il pas mieux d’être libre plutôt que militaire, car l’architecte convient à une vue d'ensemble en rapport à ce que la raison soit lié à l’humain car pour solidifier les racines, c'est lorsque tout est lié, et à voir le travail qui n’était pas très avancé, il y avait encore le temps avant que l’œuvre se réalise…
Ainsi éloigner de la joie, il pouvait paraitre difficile de raconter une vie, car tout le monde a quelque chose à cacher, c'était bien connu pour vivre heureux vivons cachés, la prudence alors avant de raconter, permettait d'écrire que nul ne peut écrire si ce n’est plutôt « éclairer » que de dépasser les passions, alors à tenter de comprendre ce qui ne s’expliquait pas car les mots pour chacun avait des sens différents, à parler des enjeux, de la mort, de l'éducation, du pouvoir, à écrire ce qu'on pense, c'était se rendre compte que le monde était aliénation, comme si tous enfermés dans un asile à ciel ouvert, on semblait vouloir trouver une raison aux choses paradoxales, et alors qu'une chose dite ne pouvait exister sans son contraire, ce qui pour la littérature bien au contraire de la philo ou de la spycho, ne dégoûtait pas, car écrire était transformé, mais plus encore soigner ou confesser, parce que par la pensée le monde changeait, alors s’il n'y avait pas de cohérence ça ne voulait pas dire qu'il n'y avait pas de pensée, c'était simplement ordonner dans un monde désordonné car l'écriture aidait à fluidifier pour organiser le confort, car pour l'artiste à rester en paix avec sa pipe, à se demander s’il était bien nécessaire de chercher à percevoir l’inconscient, à lire les messages subliminaux qui derrière les apparences envoyaient souvent d’étranges impressions, comme à trouver nul de dessiner sur un corps féminin sans un regard esthétique, qui interrogeait alors l’acte de liberté à souiller la pureté, qui innocente devant l’aveuglement, apprenait que l’usage vu par un regard extérieur est à la création un art puissant, alors à regarder le monde sombrer quand assis au dos de l'arbre, l'ombre rafraîchissait de la chaleur de l'été, pourquoi alors vouloir jouer, à faire semblant alors qu'à cet instant, la voie trouvée, rien d'autre mis à part sa présence ne pouvait combler le manque d’y échapper, et qu’à imaginer la fin de l'histoire comme s'il n'y avait plus rien à raconter, et que devant le néant, il n'y avait plus de contenu, et pire encore, parce que d'une part à ne pas raconter on ne vivait pas, mais à ne pas raconter les fantasmes, à manquer de créer, le pli inventait des copies à se perdre en tissant d'absurdes abstractions, alors exclu, vide comme une rivière desséchée, vide comme une maison inhabitée, tout ne pouvait être dit et dans l’absence de talent, le divertissement semblait une arme pour nuire à la culture, procrastiné arrangeait les intérêts privés, à ne plus créer, à ne plus inventer et à ne plus nourrir l'émotion de subjections, à tuer les chemins vers les horizons infinis, à nuire à l'évasion, à empêcher de penser, empêcher de faire les choses sans but, certains imposaient leurs visions, alors que la force fasse des moyens une fin, l'humanité digressait, la fiction devenait réelle, le plaisir à créer se réduisait, comment résister, il s'agissait de lire pour faire de la lecture une résistance, écrire pour faire de l'écriture un combat, peindre pour faire de la peinture un témoignage, ainsi à tenter d’harmoniser, fallait bien avouer, les lendemains s’annonçaient plutôt sombres…
Texte de Damien Mohn.
Retrouvez son univers littéraire et artistique sur Linkedin: https://www.linkedin.com/in/damienmohn/
Texte publié avec l’autorisation de l’auteur.
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