Profitez de réductions exceptionnelles sur les ebooks !

Le Carnet de Miss Hortense

LE DERNIER MANUSCRIT

LE DOSSIER CONFIDENTIEL DE MISS HORTENSE
Carnet noir — Affaire de la Villa des Roses Provence, Septembre 1933
FAITS ÉTABLIS
Ce que je savais avec certitude.
Armand Delacroix était un homme qui avait écrit
vingt-trois romans. Le vingt-quatrième —
Les Gens que j'ai connus — allait en tuer un.
Il était mort entre deux heures et trois heures
du matin. Strangulation. Précédée d'un somnifère
glissé dans son cognac du soir.
Ce n'était pas un acte impulsif.
C'était quelque chose de préparé.
Quelque chose de méthodique.
La fenêtre du bureau était fermée de l'intérieur.
La plume était encore humide.
Le verre de cognac — à moitié vide.
Ce que je supposais avec de bonnes raisons.
L'assassin n'avait pas peur de la mort
d'Armand Delacroix.
Il avait peur de ce qu'Armand Delacroix
avait écrit.
Ce sont deux motivations très différentes.
La première produit de la précipitation.
La seconde produit de la méthode.
C'était un assassin méthodique.
DOCTEUR PHILIPPE AUMONT — le médecin.
Soixante ans. Calme d'une façon calculée.
Il s'était assis le plus loin possible du bureau
d'Armand dès son arrivée.
Ce qui veut dire qu'il avait vu quelque chose
qu'il ne voulait pas regarder de trop près.
LUCIE FONTAINE — la gouvernante.
Trente ans. Elle se déplaçait dans cette villa
pas comme une employée.
Quelqu'un qui connaît un endroit intimement
et qui a appris à ne pas le montrer.
Elle cachait quelque chose.
Quelque chose qu'Armand savait aussi.
PERSONNES PRÉSENTES
Les personnes présentes à la Villa des Roses
la nuit du 14 septembre 1933.
CÉLESTE VAUBAN — la femme d'Armand.
Quarante-cinq ans. Belle d'une beauté qui
ne cherche pas à combattre le temps.
Elle avait regardé son mari une fois depuis
son arrivée. Une seule fois.
Ce qui est, dans mon expérience,
toujours un signe.
ROLAND DESFORGES — le meilleur ami d'Armand.
Cinquante-huit ans. La voix forte. Le rire facile.
Les gens qui rient beaucoup dans des situations
difficiles ont généralement quelque chose à cacher.
J'avais noté son nom dès le premier soir.
HENRI MARCEAU — l'éditeur.
Cinquante-cinq ans. Nerveux de cette nervosité
contenue que les gens apprennent à dissimuler
mais pas à éliminer.
Il avait regardé le manuscrit en arrivant
avec une expression qui avait disparu trop vite.
ISABELLE DRAY — la romancière.
Quarante-huit ans. Toujours du noir.
Ses propres romans occupaient l'étagère du milieu.
Quand elle avait vu le manuscrit d'Armand —
quelque chose dans ses yeux avait changé.
Moins d'une seconde.
Ce fut suffisant.
ÉLÉMENTS RELEVÉS
Ce que personne d'autre n'avait remarqué.
Le manuscrit des Gens que j'ai connus
comptait deux cent quarante-sept pages.
Armand les avait numérotées lui-même.
Le matin — il en manquait.
Pas les premières pages.
Pas les pages du milieu.
Les dernières.
Ce n'était pas un vol commis dans la panique.
Quelqu'un savait exactement ce qu'il cherchait.
Et savait exactement où le trouver.
Ce qui voulait dire que quelqu'un
avait déjà lu ces pages avant ce soir-là.
Et que ce quelqu'un avait une très bonne raison
de ne pas vouloir qu'elles soient publiées.
Dans le cognac d'Armand — un somnifère.
Dans le couloir à deux heures trente-trois —
des pas que je reconnaissais.
Quelqu'un qui connaissait chaque planche
et savait lesquelles craquaient.
Roland Desforges vivait dans cette villa
depuis vingt ans.
Il connaissait chaque planche.
Et derrière lui — Philippe Arsenault.
Avocat parisien. Spécialisé en diffamation.
Qui avait organisé tout cela depuis Paris.
Avec plusieurs des invités qui l'avaient contacté
indépendamment — chacun avec sa propre raison
de vouloir que le roman ne paraisse pas.
CONCLUSIONS DE L'ENQUÊTE
Ce qui fut établi.
Roland Desforges avait agi sur instruction
de Philippe Arsenault.
Armand avait tout prévu.
Dans une enveloppe cachée
sous la rose rouge dans le vase de son bureau —
une lettre pour Lucie Fontaine.
La vérité sur qui elle était vraiment.
La fille qu'il avait cherchée
pendant vingt-deux ans.
L'enveloppe avait disparu cette nuit-là.
Quelqu'un savait ce qu'elle contenait
et avait une raison de ne pas vouloir
que Lucie la lise.
Ce qui nous donna le deuxième élément
du tableau.
Pas seulement Roland.
Quelqu'un d'autre.
Gaspard Valcourt posa les bonnes questions.
Comme toujours.
Il fit confiance à ce que j'avais remarqué
avant qu'il le remarque lui-même.
Comme toujours.
L'inspecteur Roux arriva quand la route
fut praticable.
Il dit que la lettre était très utile.
Suffisante — c'était ce que le tribunal
déciderait.
Ce qui était, dans mon expérience,
la façon correcte de procéder.
— Miss Hortense
Carnet noir — Villa des Roses
Provence, Novembre 1933
MOT DE LA FIN
Je ne parle pas de mes enquêtes.
Je note. J'observe. Je range les informations
dans l'endroit de mon esprit où je range
les choses qui pourraient être importantes
plus tard.
Ce qui s'est passé à la Villa des Roses
en septembre 1933 ne fait pas exception.
Je dirai seulement ceci —
Un homme avait écrit la vérité sur les gens
qu'il avait connus.
Ces gens avaient préféré que cette vérité
ne soit pas lue.
Ils avaient eu tort.
La vérité, dans mon expérience,
finit toujours par trouver le chemin
vers ceux qui doivent la lire.
Même quand quelqu'un a fait tout ce qu'il fallait
pour l'en empêcher.
Surtout dans ce cas-là.
Mon carnet noir est refermé.
L'affaire est classée.
D'autres affaires attendent.
— H. Valmont
Novembre 1933 Miss Hortense.
"Pour une expérience de lecture parfaite"
Suivez-nous
Recevez les nouveautés, extraits et offres littéraires de TheLibrisWorld.

(No spam. You can unsubscribe anytime.)

Vous recevrez un email de confirmation après votre inscription.