La ville d’Ys
Encienne Légende Bretonne


Première vague
Il y a très longtemps, sur les côtes de Bretagne, se dressait une ville que l’on disait plus belle que toutes les autres.
Ys.
Une ville construite au bord de l’océan, mais plus basse que la mer elle-même.
Pour la protéger, d’immenses digues avaient été élevées. De lourdes portes de pierre retenaient les eaux, jour et nuit.
Sans elles, la mer aurait tout repris.
Et ces portes… ne pouvaient être ouvertes qu’avec une seule clé.
Une clé que le roi Gradlon gardait toujours sur lui, accrochée à sa ceinture, même lorsqu’il dormait.
Un soir, alors que le soleil disparaissait derrière la mer, Dahut marchait le long des remparts.
Le vent soulevait ses cheveux, et au loin, on entendait déjà la musique monter depuis la ville.
— « Tu viens ? » lui lança une amie en riant. « Tout le monde est déjà là. »
Dahut sourit.
— « J’arrive. La nuit ne fait que commencer. »
Elle jeta un dernier regard à l’océan.
Calme. Silencieux.
— « Tu vois… » murmura-t-elle, comme pour elle-même. « On a eu peur pour rien. »
Plus tard, dans la grande salle, les torches éclairaient les murs de pierre. Les voix, les rires, la musique remplissaient l’espace.
Le roi Gradlon observait la scène, un peu à l’écart.
— « Tu ne devrais pas laisser ces fêtes durer toute la nuit », dit-il doucement à sa fille quand elle passa près de lui.
Deuxième vague
Dahut leva les yeux au ciel.
— « Père… tout va bien. Regarde autour de toi. La ville est vivante. Les gens sont heureux. »
— « La mer n’oublie jamais », répondit-il. « Même quand elle est calme. »
Elle posa une main légère sur son bras.
— « Tu vois des dangers partout. Moi, je vois la vie. »
Puis elle s’éloigna, emportée par la musique.
C’est cette nuit-là qu’il apparut.
Personne ne l’avait vu entrer.
Un homme, vêtu de sombre, debout près de l’ombre d’un pilier.
Il ne parlait pas. Il regardait.
Dahut le remarqua presque immédiatement.
Elle s’approcha.
— « Tu n’es pas d’ici », dit-elle.
Il esquissa un léger sourire.
— « Non. »
— « Et pourtant, tu n’as pas l’air surpris par cette ville. »
— « Disons… que je savais qu’elle existait. »
Quelque chose, dans sa voix, la troubla.
— « Alors reste », dit-elle doucement. « Tu verras… ici, tout est possible. »
Les jours passèrent.
Il restait près d’elle. Toujours un peu en retrait. Toujours calme.
Et plus il parlait peu… plus elle voulait l’écouter.
Puis vint cette nuit.
Une nuit étrange.
Sans vent. Sans bruit.
Même la mer semblait s’être tue.
Dahut se tenait sur le balcon, regardant l’obscurité.
Il la rejoignit.
— « Tu n’as pas peur ? » demanda-t-il.
Elle fronça les sourcils.
— « Peur de quoi ? »
— « De ce qui pourrait arriver… si tout cela disparaissait. »
Elle eut un léger rire.
— « Rien ne peut disparaître ici. Tout est protégé. »
Il se rapprocha lentement.
— « Protégé… par une clé. »
Elle resta silencieuse.
— « Cette clé… tu sais où elle est. »
— « Oui. »
— « Et tu pourrais me la montrer. »
Troisième vague
Elle hésita.
— « Ce n’est pas un jeu. Mon père… »
— « Ton père vit dans la peur. Toi, tu vis dans la liberté. »
Ses mots restèrent suspendus.
— « Tu me fais confiance ? » ajouta-t-il.
Elle le regarda longuement.
Puis, presque malgré elle…
— « Oui. »
Quelques instants plus tard, elle tenait la clé entre ses mains.
Lourde. Froide.
Elle la lui tendit.
Un silence.
Puis… un bruit sourd.
Comme si quelque chose, au loin, venait de céder.
Dahut se retourna brusquement.
— « Tu entends ça ? »
Mais il n’était déjà plus là.
Le grondement s’intensifia.
Puis l’eau arriva.
D’abord dans les rues les plus basses.
Puis partout.
— « L’eau ! L’eau entre dans la ville ! »
Les cris éclatèrent.
Les portes s’étaient ouvertes.
Le roi Gradlon surgit dans le chaos.
— « Dahut ! Où est la clé ?! »
Elle recula, paniquée.
— « Je… je ne sais pas… »
Il comprit.
Son regard se brisa.
— « Nous devons partir. Maintenant. »
Ils montèrent à cheval.
Derrière eux, la ville disparaissait déjà.
— « Père ! Attends ! » cria Dahut alors que l’eau montait autour d’elle.
Mais le cheval avançait.
Toujours.
La mer reprenait tout.
Les maisons. Les rues. Les voix.
Ys disparaissait.
On raconte que Dahut fut emportée par les flots.
Ou qu’elle vit encore… quelque part, sous l’eau.
Et aujourd’hui encore, quand la mer est calme…
certains disent entendre des cloches.
Là… au fond.
Comme si la ville attendait.
Texte réécrit et interprété par Élisabeth De Cordoba,
autrice indépendante.
Inspiré de la légende bretonne de la ville d’Ys.
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