Le Mobile
Écrit par Motumi
Certaines écritures parviennent à éclairer les silences les plus invisibles.
Dans cette prose profondément sensible, Motumi transforme un simple objet suspendu au-dessus d’un berceau en témoin silencieux de l’épuisement, de la solitude et de la fragilité humaine.
Un texte bouleversant sur la maternité, le silence intérieur et cette fatigue invisible que certaines femmes portent seules dans l’obscurité des nuits sans fin.
Je tourne doucement, bercé par un courant d’air que personne ne remarque. Mes petites étoiles en feutrine et mes lunes de bois dansent une valse silencieuse au-dessus du sommeil de l’enfant. Je suis là pour veiller, pour rassurer, pour colorer les rêves.
Mais je ne regarde pas le berceau. Je la regarde. Elle.
Elle est assise par terre, le dos contre le mur, dans le noir de la chambre qui ne sent que le lait et la fatigue. Elle ne pleure pas. Elle n’a plus assez d’eau en elle pour ça. Elle regarde le vide avec des yeux qui ressemblent à des maisons abandonnées. Je sens son souffle, lourd comme de la pierre, et ce silence qui hurle entre ses mains jointes.
Elle l'aime, je le sais. Mais je sens aussi ce qu'elle cache au monde entier : l'envie de disparaître. L'envie d'être une autre, n'importe qui, n'importe où, pourvu qu'elle ne soit plus cette fonction, ce corps qui nourrit, ce bras qui berce, cette horloge qui ne dort jamais. Elle se sent coupable d'être épuisée, coupable de ne plus ressentir la joie que les livres lui avaient promise.


Si mes fils ne me retenaient pas prisonnier du plafond, je me jetterais dans le vide.
Je voudrais me rompre, briser mon armature de plastique et de vent, pour que mes étoiles en feutrine deviennent des pansements sur son âme. J’aimerais hurler à ce plafond qui nous surplombe de s’effondrer, non pas pour nous écraser, mais pour que les vraies étoiles du ciel tombent enfin dans sa chambre et l'emportent ailleurs.
Je donnerais ma rotation éternelle pour une seule de ses larmes. Je voudrais me décrocher et m'enrouler autour de ses épaules comme une armure de douceur, un bouclier contre ce silence qui l'étouffe. J’ai envie de cesser d’être ce divertissement futile, cette décoration de nursery, pour devenir un rempart.


Je voudrais être un séisme qui ferait trembler les murs de cette pièce, juste assez pour qu’elle se réveille de cette transe de douleur, pour qu’elle lâche ce berceau qui est devenu sa prison, et qu’elle se souvienne qu’elle a le droit de n’être rien d’autre qu’une femme qui a froid.
Mais je reste là, ridicule et suspendu. Je ne suis qu’un cercle qui tourne à vide, une promesse de rêve qui n’est plus capable de sauver celle qui en a le plus besoin. Alors je continue de tourner, de faire danser mes ombres sur son visage éteint, en espérant que la nuit lui apporte une trêve que le jour lui refuse obstinément.
Motumi


Texte de Motumi.
Publié avec l’autorisation de l’autrice.
© Tous droits réservés à l’autrice. Toute reproduction, diffusion ou utilisation, même partielle, est interdite sans autorisation préalable.
Vous pouvez également suivre Motumi sur Substack pour découvrir ses textes et son univers d’écriture.
https://substack.com/@motumi
Si ce texte vous a touché, n’hésitez pas à le partager et à soutenir les auteurs qui donnent une voix aux émotions les plus silencieuses.
Publication réalisée par Élisabeth De Cordoba pour TheLibrisWorld
"Pour une expérience de lecture parfaite"
Suivez-nous
Recevez les nouveautés, extraits et offres littéraires de TheLibrisWorld.
(No spam. You can unsubscribe anytime.)