

Motumi
Des Monstres sous mes Pieds
Par Motumi
Avertissement : Ce texte aborde des thèmes liés à l'emprise psychologique, aux traumatismes vécus durant l'enfance et aux violences sexuelles. Certaines personnes pourraient trouver son contenu difficile à lire.
Nous vous invitons à prendre soin de vous durant votre lecture et à faire une pause si nécessaire.
Certains textes naissent dans la lumière, d'autres émergent des endroits les plus silencieux et les plus douloureux de la mémoire.
Avec Des Monstres sous mes Pieds, Motumi livre un récit profondément intime sur l'emprise, la peur et la reconstruction. À travers une écriture empreinte de sensibilité et de pudeur, elle donne une voix à l'enfant qu'elle a été et à la survivante qu'elle est devenue.
Merci de lire ce texte avec bienveillance et respect.
— TheLibrisWorld
Il était une fois une jeune fille de treize ans qui n'avait pour tout bagage que son innocence et le regard un peu trop lourd de ceux qui cherchent leur chemin.
À cet âge-là, on est faite d'argile fraîche, prête à être modelée par le monde. Mais le monde, parfois, s'engouffre par les fissures des maisons que l'on croyait sûres.
Tout a commencé par un grincement de plancher, une politesse un peu trop lisse, un sourire trop parfait venu du rez-de-chaussée.
Ils étaient deux. Un homme d'une trentaine d'années et sa compagne. Ils avaient cette gentillesse sirupeuse qui panse les plaies des âmes fatiguées. La mère de la jeune fille, le cœur en miettes et la silhouette fragilisée par les tempêtes de la vie, s'est laissée consoler. Elle a cru trouver des voisins dévoués, des bouées de sauvetage.
L’adolescente, elle, avait ce frisson dans le dos que les adultes pressés feignent de ne pas voir. Une intuition sauvage, un signal d'alarme muet : je ne le sens pas.
Mais l'enfance se tait devant la détresse des mères.
Un jour, le piège s'est refermé sans un bruit.
L'homme les a guidées vers une salle obscure. Ce n'était plus les voisins d'en bas, c'étaient les maîtres d'un huis clos terrifiant.
Là, des corps étaient agenouillés à même le sol. Des visages tordus par une ferveur obscure, des voix qui s'élevaient en hurlements, brisant le silence de la raison.
La jeune fille de treize ans a senti son cœur s'asphyxier de peur. Autour d'elle, la folie des hommes portait le masque du sacré.
Parce qu'elle était la plus jeune, la plus pure, ils ont fait de son enfance un bouclier contre leurs propres démons. On l'emmenait seule dans une pièce noire. On l'allongeait sur une table, fragile sacrifice sur l'autel de leur délire.
« Combats le mal par la lumière », lui répétait-on.
Dans l'obscurité, on lui faisait tenir la main de personnes dites « possédées ».
On la forçait à visualiser des monstres, à fixer le vide jusqu'à ce que ses propres yeux, épuisés de terreur, finissent par inventer les formes terrifiantes qu'ils voulaient lui voir décrire.
Et pendant qu'elle luttait de toutes ses forces intérieures contre des chimères, des mains bien réelles, impures et profanes, profitaient de sa transe pour se balader sur son corps d'enfant. Une profanation silencieuse sous couvert de délivrance.
À la maison, le poison avait tout envahi.
La mère, totalement sous emprise, a dû vider sa vie : les livres aimés ont été jetés, remplacés par des grigris et des talismans censés repousser le sort. Ils ont même déménagé juste au-dessus d'eux, pour être au plus près du sanctuaire.
Les nuits n'étaient plus que des tunnels de terreur.
À travers le plancher, montaient des cris atroces, des hurlements inhumains. En bas, ils faisaient des séances de désenvoûtement, disaient-ils.
Des rituels sans nom qui arrachaient le sommeil et la paix de la jeune fille, blottie sous ses draps, priant pour que la nuit s'achève.
Puis, un jour, le silence est revenu aussi brusquement qu'un couperet.
L'homme a dû fuir, traqué par ses propres ombres ou par la justice des hommes. Il est parti, laissant derrière lui une maison hantée de souvenirs et deux vies à reconstruire.
Il était une fois une survivante de treize ans.
Elle venait de traverser la folie des grands, et elle savait désormais pour toujours, ce que coûtait le prix d'un faux sourire.
Motumi
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