

Je ne sais pas exactement quand cela a commencé.
Peut-être au détour d’une page.
Peut-être dans un silence entre deux phrases.
Mais il y a des écritures qui ne nous quittent pas.
Celles de Kim Thúy en font partie.
Quand je la lis, je n’ai pas l’impression de suivre une histoire au sens habituel. Il n’y a pas vraiment de début, ni de fin au sens strict. Il y a plutôt des fragments. Des morceaux de vie. Des sensations qui apparaissent, disparaissent… et qui, pourtant, restent en nous.
Et plus j’y pense, plus je me dis que son écriture ne peut pas être séparée de son parcours.
Kim Thúy est née au Vietnam.
Mais très tôt, sa vie bascule.
Elle fait partie de ces enfants que l’on a appelés les “boat people”. Ce mot, on l’entend souvent. Il est presque devenu une expression. Mais quand on s’y arrête vraiment… il porte en lui quelque chose de beaucoup plus grand.
Un départ précipité.
Une traversée incertaine.
Une vie laissée derrière soi sans savoir si elle pourra un jour être retrouvée.
Et puis il y a l’arrivée.
Le Québec.
Un nouveau monde. Une nouvelle langue. Une nouvelle manière d’exister.
Je me demande souvent ce que cela fait, de devoir tout réapprendre. De devoir nommer le monde autrement. De devoir se reconstruire dans une langue qui n’est pas la sienne au départ… et qui, pourtant, va devenir celle dans laquelle on écrit.
Parce que Kim Thúy n’a pas commencé par écrire.
Elle a vécu.
Elle a étudié le droit.
Elle a été avocate.
Elle a travaillé comme traductrice.
Elle a même ouvert un restaurant.
Comme si la vie devait d’abord s’installer, prendre de la place, accumuler des expériences, avant que les mots puissent apparaître.
Et puis un jour, elle écrit.
Mais pas comme on l’imagine.
Pas avec un plan.
Pas avec une structure imposée.
Pas avec l’idée de “faire un roman”.
Son premier livre, Ru, naît presque autrement.
Comme une mémoire qui ne peut plus rester silencieuse.
Comme des souvenirs qui refusent de s’aligner sagement, et qui choisissent au contraire de surgir en fragments.
Des textes courts.
Des images.
Des émotions.
Une écriture qui ne raconte pas tout… mais qui fait ressentir l’essentiel.
Et c’est peut-être pour cela que cela touche autant.
Parce que ce n’est pas une histoire que l’on consomme.
C’est quelque chose que l’on reçoit.
Quand je lis Kim Thúy, j’ai parfois l’impression qu’elle écrit avec ce qu’elle ne dit pas.
Avec les silences.
Avec les espaces laissés entre les mots.
Et dans ces espaces, il se passe quelque chose de très fort.
On se retrouve.
Pas forcément dans les événements.
Mais dans les émotions.
Dans cette sensation de ne pas toujours appartenir à un seul endroit.
Dans ces souvenirs qui reviennent sans prévenir.
Dans ces choses que l’on n’arrive pas toujours à expliquer… mais que l’on ressent profondément.
Je me suis demandé, en la lisant…
Est-ce que son écriture aurait été la même si sa vie avait été linéaire, stable, prévisible ?
Ou est-ce que justement, c’est dans les ruptures, dans les déplacements, dans les silences imposés… que son écriture a trouvé sa forme ?
Peut-être que certaines voix ne naissent que là.
Dans l’entre-deux.
Entre deux pays.
Entre deux langues.
Entre ce que l’on a perdu et ce que l’on construit.
Kim Thúy n’écrit pas pour démontrer.
Elle n’écrit pas pour impressionner.
Elle écrit pour relier.
Relier une mémoire à une autre.
Relier des fragments de vie.
Relier des lecteurs qui, sans se connaître, se reconnaissent pourtant dans ce qu’elle dépose.
Et dans un monde où tout doit être rapide, clair, immédiat…
Elle nous propose autre chose.
Une écriture qui ralentit.
Qui demande de s’arrêter.
De lire autrement.
D’écouter autrement.
Peut-être même de se regarder un peu autrement.
Et plus j’y pense…
Plus je me dis que son parcours et son écriture ne font qu’un.
Elle n’a pas simplement appris à écrire.
Elle a appris à transformer une vie traversée par l’exil, le silence et la mémoire… en quelque chose de lumineux.
Et c’est peut-être pour cela que ses textes restent.
Parce qu’ils ne cherchent pas à être parfaits.
Ils cherchent simplement à être vrais.
Et ça… ça change tout.
Kim Thúy écrivaine québécoise
FAQ
Qui est Kim Thúy ?
Kim Thúy est une écrivaine québécoise d’origine vietnamienne, connue pour son écriture sensible et fragmentée, notamment avec son roman Ru.
Quel est le premier livre de Kim Thúy ?
Son premier livre est Ru, un roman autobiographique composé de fragments de mémoire liés à l’exil et à l’identité.
Pourquoi Kim Thúy est-elle connue ?
Elle est reconnue pour son style d’écriture unique, poétique et minimaliste, qui explore la mémoire, l’exil et les émotions humaines.
Quel est le thème principal de son œuvre?
Ses textes abordent principalement l’exil, la reconstruction, la mémoire et les liens entre les cultures.
Pourquoi lire Kim Thúy ?
Lire Kim Thúy permet de découvrir une écriture douce et profonde qui invite à ralentir, ressentir et écouter autrement.


© Tous droits réservés — Élisabeth De Cordoba.
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