

Certaines lettres arrivent trop tard.
Et pourtant, elles bouleversent tout lorsqu’elles trouvent enfin le chemin d’un cœur resté ouvert au silence, aux regrets et aux souvenirs que l’on croyait endormis.
Aujourd’hui, ThelibrisWorld accueille un nouveau texte de Fab, une plongée intime dans ce moment fragile où les mots deviennent plus lourds que le silence lui-même.
Nous étions deux dans la pièce. Elle était sombre. Il me regardait.
Nos yeux emmêlés ; il y avait un adieu dans nos regards. Une longue plainte, silencieuse.
Tes yeux, inondés de larmes, me scrutaient, anxieux, dans l’attente d’un bruit.
Il était là - au milieu du salon plongé dans l’ombre, comme si tout, jusqu’au climat, devait rajouter du tragique à la scène - suppliant, impatient d’un geste affectif. Ou d’un mot.
Il se lança ; dans la hâte ; sans que je me souvienne comment.
Une déclaration mêlée d’amour, d’excuses et de regrets.
Le silence.
Au milieu de mon mutisme, d’un geste maladroit et pressé, il me prit dans ses bras. Je l’enlaçai d’une main. Je sentais, sous ma main droite, sa peau chaude et humide sous sa chemise ; les vibrations et les légers à-coups de son dos succombant au déferlement du flots de larmes trop longtemps retenues qu’il laissait aller.
” Je t’aime mon fils. J’ai beaucoup réfléchi et je sais toutes les erreurs que j’ai faites. Je te demande pardon. Je sais que ça a été dur. T’avais mal. Sil te plait essayons. Tu me manques tellement.”
Je restais impassible. La scène semblait irréelle. La pièce se resserrait. Lui, pleurait à chaudes larmes.
” J’te demande pas qu’ça redevienne comme avant d’un coup… mais tu me manques tellement. C’est trop dur” bredouilla-t-il.
Je le regardais.
” J’peux pas mourir comme ça.”. Lança-t-il, tandis que ses pleures s’éteignaient.
Il rajouta ensuite qu’il avait été con, et continua son imploration.
Les mains prisent dans les lanières de mon sac à dos, je sentais mon cœur résonner de ma poitrine à mes tempes. Je restais silencieux, le regard figé, vide.
Mon enfance, nos moments, défilaient devant devant mes yeux. Mes parents.
Je ne reconnaissais plus les lieux. Un nœud serrait peu à peu mon estomac.
”Je t’aime mon fils.”.
Je restais là, les mains jointes et moites, debout, immobile, à quelques mètres de lui.
Mon silence envahissait la pièce.
J’étais comme un mur gris ; dernier vestige d’une époque lointaine.
” Je t’aime. Fils réfléchis y s’il te plaît.”.
”J’ai entendu”. Répondis-je.
Ce fut - je crois - la seule phrase que je prononçai.
Apres quelques instants, suspendus, il me raccompagna jusqu'à la porte.
”Je peux t’embrasser encore une fois ? Te prendre dans mes bras ?” Murmura-t-il avant une dernière accolade effondrée et quelques larmes étouffées.
Les yeux rougis et paniqués du moment redouté : mon départ. Il me regardait, la tête haute.
Le silence creusait alors un gouffre; la distance qui nous séparerait à jamais. Je sentais sa douleur ; je la sentais le dévorer de l’intérieur. La souffrance de l’être qui nous quitte ; séparation inévitable qui nous déchire.
”Je t’aime mon fils”.
Il attendit un instant, que je rompe mon silence.
Je le regardais, sans dire un mot.
Il baissa la tête, lourde d’affliction et ferma la porte.
Dans nos yeux, il y avait un adieu.
Merci à Fab pour ce texte profondément humain, délicat et bouleversant.
Un fragment suspendu entre l’amour, l’absence et ce que l’on n’arrive parfois plus à dire à temps.
Retrouvez d’autres textes et chroniques de Fab dans l’univers sensible de
« L’envers des mots ». https://substack.com/@fabeden
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Élisabeth De Cordoba, autrice indépendante. ThelibrisWorld
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