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Anne Hébert — les années de jeunesse, peut-être…

La poète et écrivaine québécoise Anne Hébert (1916 - 2000) combine dans sa poésie réalisme, symbolisme et introspection.
Ah… Anne Hébert.
Cette femme…

Née le 1er août 1916, dans une maison de campagne louée pour l’été, à Sainte-Catherine-de-Fossambault, non loin de Québec… peut-être que tout commence déjà là.

Dans cet entre-deux.

Ni tout à fait la ville.
Ni tout à fait la campagne.

Un lieu de passage… ou peut-être un lieu d’ancrage.

Elle est l’aînée d’une famille de cinq enfants. Quatre survivront. La vie, déjà, impose sa part de fragilité. Peut-être que cette présence discrète de l’absence, dès les premières années, laisse une trace.

Son père, Maurice Lang-Hébert, n’est pas seulement un homme de travail. Il est aussi poète, critique littéraire, un homme habité par les mots. Il parle de livres, il en lit, il en transmet.

Et elle écoute.

Peut-être que ce n’est pas encore de l’écriture.
Peut-être que c’est déjà une manière d’entrer dans le monde.

Elle lit Andersen, Dickens, Poe…
Des univers différents, mais tous porteurs de quelque chose de plus profond que les histoires elles-mêmes.

Comme si, très tôt, elle comprenait que les mots ne servent pas seulement à raconter…
mais à révéler.

Du côté de sa famille maternelle, il y a l’histoire.
La lignée.
Les noms.

Des seigneurs, des figures importantes, des racines ancrées dans le territoire québécois. Kamouraska, entre autres, circule déjà dans les récits que lui raconte sa mère.

Mais est-ce que ces histoires étaient simplement racontées ?
Ou bien déposées, quelque part en elle, en attente d’être reprises autrement ?

Son enfance se partage entre Québec et la campagne.

Les hivers en ville.
Les étés à Sainte-Catherine.
Parfois à Kamouraska.

Et là… quelque chose respire autrement.

La rivière, la forêt, les paysages ouverts…
tout semble plus libre.

Peut-être que c’est dans ces espaces qu’elle se trouve le plus.
Ou qu’elle commence à se chercher.

« Petit à petit, la maison se fait et nous grandissons avec elle », dira-t-elle plus tard.

Comme si les lieux grandissaient avec l’être.

À Québec, tout est plus structuré.
Plus fermé.

Elle parlera d’un sentiment d’enfermement.
D’une distance avec le rythme des saisons.

Et peut-être que ce décalage…
entre deux mondes…
va nourrir en elle quelque chose de plus profond.

Un regard.

Une distance.

Très jeune, elle est aussi marquée par sa timidité.
Une timidité presque paralysante.

Éduquée d’abord à la maison, puis plongée dans l’école, elle se sent perdue.
Comme déplacée.

Mais est-ce que cette réserve n’était pas aussi une manière de se protéger ?
De garder pour elle ce qui ne pouvait pas encore se dire ?

Vers l’adolescence, une rencontre devient importante : celle de son cousin, le poète Hector de Saint-Denys Garneau.

Ensemble, ils lisent, découvrent, montent des pièces de théâtre.
Mais surtout… ils partagent une sensibilité.

Il lui fait découvrir des poètes rares, peu lus à l’époque.

Et peut-être que, là encore, quelque chose s’ouvre.

Pas un chemin tracé.
Mais une direction.

Alors, quand on regarde ces années-là…
on pourrait croire à une enfance paisible.

Mais est-ce que c’était si simple ?

Ou bien était-ce déjà un monde traversé de silences, de tensions, de choses ressenties mais pas dites ?

Peut-être que l’écriture d’Anne Hébert naît exactement ici.
Dans cet espace entre ce qui est vécu…
et ce qui ne trouve pas encore de mots.

Et peut-être que tout ce qu’elle écrira plus tard
n’est qu’une manière de revenir là.

À cet endroit précis.
Où tout a commencé.

Ce texte est une évocation littéraire inspirée de la vie et de l’œuvre d’Anne Hébert.

Élisabeth De Cordoba, autrice indépendante.