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Elle est veuve, menacée… et l’Inquisition s’intéresse à elle

La Dame sans terre – Les Chemins de la bête

d’Andrea H. Japp

Il suffit parfois de quelques pages pour comprendre qu’un roman historique ne cherchera pas à embellir son époque.
Avec Les Chemins de la bête, Andrea H. Japp nous entraîne dans un Moyen Âge âpre, glacial et profondément dangereux, où la faim, la maladie, la religion et les rapports de pouvoir déterminent le destin des hommes — et plus encore celui des femmes.
Au centre de cette histoire se trouve Agnès de Souarcy.
Une jeune veuve.
Une femme qui possède encore quelques terres.
Une femme qui refuse de se soumettre facilement.
Et, dans la France du début du XIVᵉ siècle, cela peut suffire pour devenir une cible.
Une histoire qui commence bien avant 1304
Le roman s’ouvre durant l’hiver 1294, au manoir de Souarcy-en-Perche.
Et ce début donne immédiatement le ton.
Le froid est terrible. Les réserves s’épuisent. Les habitants tentent de survivre comme ils peuvent. Agnès a même autorisé la chasse sur ses terres afin que le gibier puisse nourrir les plus vulnérables.
Mais la famine n’est pas la seule menace.
La maladie frappe également la communauté.
La mort est partout.
Et Agnès elle-même n’est encore qu’une très jeune femme lorsqu’elle se retrouve confrontée à une situation qui marquera profondément son existence.
Dans une chapelle glaciale, Sybille, sa demoiselle, enceinte et épuisée, semble prête à abandonner la lutte.
Agnès est elle-même gagnée par le désespoir.
Puis quelqu’un intervient : Gisèle, sa nourrice.
Ce passage est important, car il permet de comprendre ce qui unit ces femmes et ce qui, plusieurs années plus tard, continue de peser sur Agnès.
Dix ans plus tard
Nous retrouvons Agnès en mai 1304.
Elle a désormais vingt-cinq ans.
Elle est veuve de Hugues de Souarcy et mère de Mathilde, onze ans.
À leurs côtés vit également Clément, l’enfant de Sybille. Un garçon étonnamment intelligent, observateur et déjà capable de lire et d’écrire malgré son jeune âge.
Mais la disparition de son mari n’a pas rendu Agnès libre pour autant.
Au contraire.
Son statut de veuve la place dans une situation particulièrement fragile.
Les terres qu’elle possède sont convoitées et son avenir dépend en grande partie de règles et de coutumes qui laissent bien peu de pouvoir aux femmes.
Et quelqu’un semble parfaitement décidé à profiter de cette vulnérabilité.
Son demi-frère : Eudes de Larnay.
Eudes de Larnay : un frère dont il faut se méfier
Très rapidement, on comprend qu’Agnès ne se réjouit absolument pas de la venue de son demi-frère au manoir.
Elle le redoute.
Eudes appartient à une famille riche et influente. Ses terres abritent notamment une mine de fer qui lui assure une position enviable.
Agnès, elle, ne dispose que d’un douaire relativement modeste hérité de son mari.
Et surtout, une coutume peut lui faire perdre ce qu’il lui reste.
Dans les pages que j’ai lues, une phrase résume brutalement la précarité de sa situation :
« Au mal-coucher, femme perd son douaire. »
Autrement dit, il suffirait que sa conduite soit considérée comme fautive pour qu’elle puisse être dépouillée.
Derrière les conversations, les convenances et les rapports familiaux se dessine alors quelque chose de beaucoup plus inquiétant :
Agnès sait que son demi-frère représente une menace.
Et le lecteur comprend progressivement que cette menace pourrait dépasser une simple querelle d’héritage.
Une femme dans un monde qui lui laisse peu de choix
C’est probablement l’un des éléments qui ressort le plus fortement de ces premières pages.
Agnès n’est pas présentée comme une héroïne moderne artificiellement transportée au Moyen Âge.
Elle évolue dans les limites de son époque.
Elle connaît les règles.
Elle sait ce qu’une femme peut perdre.
Elle sait également qu’une accusation, une réputation entachée ou une décision prise par un homme suffisamment puissant peuvent bouleverser son existence.
Pourtant, elle possède une véritable force de caractère.
Lors de la famine de 1294, elle choisit par exemple de permettre aux habitants de chasser sur ses terres afin de survivre, alors que le braconnage pouvait entraîner des châtiments extrêmement sévères.
Cette décision en dit déjà beaucoup sur elle.
Agnès peut avoir peur.
Elle peut douter.
Elle peut être vulnérable.
Mais elle n’est pas indifférente à ceux qui dépendent d’elle.
Et c’est précisément cette combinaison de fragilité et de détermination qui la rend intéressante.
Quand l’histoire personnelle rencontre la grande Histoire
Pendant que le destin d’Agnès se joue au manoir de Souarcy, quelque chose de beaucoup plus vaste se prépare.
Nous sommes en 1304, sous le règne de Philippe IV, dit Philippe le Bel.
Le royaume est traversé par des tensions politiques et religieuses. Le pouvoir royal, l’Église et les puissants ordres religieux se trouvent au cœur de luttes qui dépassent largement la petite seigneurie d’Agnès. Le résumé officiel place précisément l’intrigue au milieu de ces affrontements entre Philippe le Bel, l’Église et l’ordre des Templiers.
C’est là que le roman prend une autre dimension.
Car ce qui pourrait d’abord sembler être l’histoire d’une jeune veuve cherchant simplement à préserver sa famille et ses terres va progressivement rejoindre des enjeux beaucoup plus considérables.
Des messages mystérieux évoquent un « sang divin ».
Des messagers sont assassinés.
Des corps sont retrouvés carbonisés dans des circonstances étranges.
Et Clément semble avoir découvert quelque chose dans la bibliothèque de l’abbaye des Clairets.
Pendant ce temps, l’Inquisition se rapproche dangereusement d’Agnès.
L’Inquisition comme menace
L’un des aspects les plus inquiétants du roman tient justement à cette menace.
Agnès ne risque pas uniquement de perdre ses terres.
Son demi-frère l’accuse de complicité avec des hérétiques et de possession démoniaque, ce qui la conduit devant les tribunaux de l’Inquisition.
Et lorsqu’apparaît le nom du grand inquisiteur Nicolas Florin, la dimension criminelle du roman devient encore plus évidente.
Andrea H. Japp mélange ainsi plusieurs fils narratifs :
la destinée d’Agnès, les ambitions de son demi-frère, les secrets entourant Clément, les rivalités politiques et religieuses et une série de morts mystérieuses.
Tout semble séparé.
Pourtant, on devine très vite que ces éléments finiront par se rejoindre.
Ce que les premières pages m’ont fait ressentir
Ce qui m’a frappée en découvrant le début de Les Chemins de la bête, c’est avant tout la dureté du monde dans lequel Andrea H. Japp installe son histoire.
Le froid n’est pas simplement un décor.
La faim n’est pas évoquée en quelques mots avant de disparaître.
La maladie, la mortalité, les rapports sociaux, la dépendance des femmes et même la nourriture participent à l’atmosphère.
On ressent véritablement la précarité de l’existence.
Et pourtant, le roman ne repose pas uniquement sur sa reconstitution historique.
Il installe très tôt plusieurs questions.
Que cherche réellement Eudes ?
Pourquoi Clément semble-t-il comprendre beaucoup plus de choses qu’un enfant de son âge ?
Quels secrets entourent sa naissance ?
Que va découvrir Agnès ?
Et surtout :
comment une jeune veuve peut-elle se défendre lorsqu’un homme puissant décide de retourner contre elle les institutions de son époque ?
C’est là que Les Chemins de la bête devient autant un roman criminel qu’un roman historique.
Pourquoi TheLibrisWorld vous le recommande
Si vous aimez les romans historiques qui ne se contentent pas d’utiliser le Moyen Âge comme décor, celui-ci mérite qu’on s’y attarde.
Andrea H. Japp construit un univers dans lequel les enjeux politiques et religieux côtoient des préoccupations beaucoup plus quotidiennes : survivre à l’hiver, nourrir une maisonnée, préserver quelques terres, protéger un enfant ou simplement conserver sa place dans une société impitoyable.
Mais surtout, Agnès de Souarcy donne envie de poursuivre l’histoire.
Elle n’est pas invincible.
Elle n’a pas toutes les réponses.
Elle est entourée de personnes dont elle ignore parfois les véritables intentions.
Et nous savons déjà qu’une accusation beaucoup plus grave l’attend.
C’est exactement ce qui donne envie de tourner les pages.
À qui conseiller ce roman ?
Les Chemins de la bête devrait particulièrement plaire aux lecteurs qui aiment les polars historiques, les intrigues médiévales, les secrets religieux, les luttes de pouvoir et les héroïnes confrontées aux contraintes de leur époque.
Le livre est présenté par son éditeur comme un roman policier et par Kobo dans la catégorie des polars historiques.
Il s’agit du premier tome de La Dame sans terre. L’édition numérique Kobo compte 295 pages, tandis que l’édition papier originale en compte 384.
 Découvrir La Dame sans terre – Les Chemins de la bête
Vous pouvez découvrir le roman d’Andrea H. Japp et en lire un extrait sur Kobo.
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Informations sur le livre
Titre : La Dame sans terre – Tome 1 : Les Chemins de la bête
Autrice : Andrea H. Japp
Genre : polar historique / roman policier historique
Époque : France, début du XIVᵉ siècle
Personnage principal : Agnès de Souarcy
Éditeur d’origine : Calmann-Lévy
Parution originale : 1er mars 2006
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