

Tout commence de manière presque banale. Un passionné de cinéma ancien se rend chez un particulier pour acheter quelques vieilles bobines. Rien ne laisse encore présager ce qu’il s’apprête à découvrir.
Parmi ces pellicules se trouve un film anonyme, un objet étrange dont personne ne semble véritablement connaître l’origine. Ludovic Sénéchal le regarde, intrigué par ces images anciennes et par l’atmosphère malsaine qui s’en dégage. Mais lorsque le film s’achève, quelque chose d’incompréhensible vient de se produire : Ludovic ne voit plus rien.
Il est devenu aveugle.
C’est sur cette idée aussi simple qu’inquiétante que Franck Thilliez ouvre l’une des enquêtes de Le Syndrome E. Car très rapidement, une question s’impose : comment quelques images projetées sur un écran pourraient-elles provoquer une réaction aussi violente chez celui qui les regarde ?
Et surtout, qu’y avait-il réellement dans ce film ?
Un film qui n’aurait peut-être jamais dû être retrouvé
Ludovic fait appel à Lucie Henebelle, lieutenant de police à Lille et ancienne relation personnelle. Ce qui aurait pu n’être qu’un étrange incident médical commence alors à prendre une dimension beaucoup plus inquiétante.
Lucie s’intéresse à la bobine.
À son origine.
À sa construction.
Et à ce qu’elle pourrait dissimuler.
Ce qui rend cette partie du roman particulièrement efficace est que Franck Thilliez transforme quelque chose de parfaitement familier — regarder un film — en source de méfiance. Nous sommes habitués à considérer les images comme quelque chose que nous choisissons de regarder. Nous pouvons détourner les yeux, arrêter un film ou éteindre un écran.
Mais Le Syndrome E introduit une idée beaucoup plus dérangeante : et si certaines images pouvaient agir sur nous avant même que nous ayons conscience de les avoir vues ?
Dès lors, le film n’est plus simplement une pièce à conviction.
Il devient presque une menace.
Pendant ce temps, cinq corps attendent leurs enquêteurs
À plusieurs centaines de kilomètres de là, une autre affaire commence.
Cinq cadavres sont découverts enterrés en Normandie. Leur état et les mutilations qu’ils ont subies indiquent immédiatement que les enquêteurs ne se trouvent pas devant une scène de crime ordinaire. Les crânes ont été ouverts et une partie de ce qui aurait dû s’y trouver a disparu.
L’affaire conduit la police à rappeler Franck Sharko.
Mais l’homme que nous découvrons n’est pas simplement un commissaire lancé sur la piste d’un meurtrier. Sharko porte ses propres blessures et tente encore de composer avec un esprit qui lui impose parfois une réalité différente de celle des autres.
Cette fragilité aurait facilement pu n’être qu’un artifice destiné à rendre le personnage plus sombre. Elle devient au contraire particulièrement intéressante dans un roman qui s’interroge précisément sur le cerveau, la perception et la manière dont notre esprit construit ce que nous appelons la réalité.
Sharko enquête donc sur des cerveaux mutilés tandis que Lucie cherche à comprendre un film capable d’agir sur celui qui le regarde.
Deux affaires apparemment indépendantes.
Mais chez Franck Thilliez, les coïncidences ont rarement vocation à le rester très longtemps.
Lucie Henebelle et Franck Sharko : deux enquêteurs qui ne fonctionnent pas de la même manière
Le Syndrome E occupe également une place importante dans l’univers de Franck Thilliez puisqu’il réunit Lucie Henebelle et Franck Sharko dans une même enquête.
Et leur rencontre fonctionne justement parce qu’ils ne sont pas construits de la même façon.
Lucie avance avec sa curiosité, son instinct et cette difficulté presque viscérale à abandonner une question lorsqu’elle sent qu’une réponse se cache quelque part. Sharko, lui, arrive avec son expérience, ses blessures et une connaissance beaucoup plus sombre de ce dont les êtres humains peuvent être capables.
Le roman ne cherche pas simplement à réunir deux policiers pour résoudre une énigme. Il fait progressivement converger deux trajectoires qui semblaient appartenir à deux histoires différentes.
Le film d’un côté.
Les cinq cadavres de l’autre.
Puis, peu à peu, les frontières commencent à disparaître.
Quand le thriller s’intéresse à notre cerveau
C’est probablement là que Le Syndrome E devient plus qu’une simple enquête policière.
Franck Thilliez s’intéresse à une question profondément troublante : jusqu’à quel point contrôlons-nous réellement notre propre esprit ?
Notre cerveau reçoit continuellement des informations. Il les sélectionne, les interprète et en ignore une grande partie. Nous avons pourtant tendance à croire que ce dont nous n’avons pas conscience ne peut pas nous influencer.
Le roman joue précisément avec cette certitude.
Il explore la perception, la violence, les mécanismes psychologiques et la possibilité qu’un individu puisse être influencé par ce qu’il voit sans comprendre immédiatement ce qui lui arrive.
Et c’est peut-être cela qui rend l’idée du film si efficace.
Un tueur peut être arrêté.
Une arme peut être confisquée.
Une porte peut être verrouillée.
Mais comment se protéger de quelque chose qui agit directement sur notre manière de percevoir le monde ?
Une enquête qui dépasse rapidement la scène de crime
L’enquête prend progressivement une dimension beaucoup plus vaste. Ce qui semblait au départ se limiter à une bobine mystérieuse et à cinq corps entraîne Lucie et Sharko bien au-delà de leurs territoires habituels.
Franck Thilliez fait voyager son intrigue et relie différentes époques, différents lieux et plusieurs domaines de recherche. Le lecteur comprend alors que ce qui se cache derrière le Syndrome E ne peut pas être réduit à l’acte isolé d’un criminel.
Quelque chose de plus ancien se dessine.
Quelque chose qui touche à la violence humaine elle-même.
Je préfère volontairement m’arrêter ici concernant l’intrigue. Le Syndrome E repose énormément sur la découverte progressive des liens entre les différents éléments, et expliquer davantage ce qui unit le film aux cinq cadavres enlèverait une partie du plaisir de la lecture.
Ce qui m’a particulièrement intéressée dans Le Syndrome E
Ce que je trouve particulièrement efficace dans ce roman est la manière dont Franck Thilliez part d’éléments très concrets pour nous conduire progressivement vers des questions beaucoup plus inconfortables.
Un vieux film.
Une bobine oubliée.
Des images en noir et blanc.
Un cerveau.
Pris séparément, ces éléments n’ont rien d’extraordinaire. Pourtant, une fois assemblés, ils construisent un univers où le lecteur commence lui aussi à se méfier de ce qu’il voit.
Le roman possède également cette qualité que j’apprécie dans certains thrillers : l’enquête ne repose pas uniquement sur la recherche d’un coupable. Elle ouvre une porte vers un sujet plus vaste et oblige le lecteur à réfléchir à ce qui se cache derrière les crimes.
Ici, cette porte mène directement à l’esprit humain.
Et ce que l’on y découvre n’est pas nécessairement rassurant.
Pourquoi TheLibrisWorld vous recommande ce thriller
Le Syndrome E devrait particulièrement séduire les lecteurs qui aiment les thrillers où l’enquête policière rencontre la science, la psychologie et les zones les plus sombres du comportement humain.
L’association de Lucie Henebelle et Franck Sharko apporte également une dimension humaine importante au récit. Derrière les policiers existent des individus avec leurs blessures, leurs obsessions et leurs propres fragilités.
Mais c’est véritablement le concept central du roman qui reste en tête.
Car une fois le livre refermé, une question demeure :
sommes-nous certains de contrôler tout ce qui entre dans notre esprit ?
Et peut-être plus inquiétant encore :
sommes-nous certains de savoir ce qui pourrait en sortir ?
Découvrir Le Syndrome E
Si vous aimez les thrillers sombres, les enquêtes complexes et les romans qui explorent autant les mécanismes du cerveau que ceux du crime, Le Syndrome E de Franck Thilliez mérite certainement votre attention.
Découvrir ce roman et lire un extrait sur Kobo :
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© TheLibrisWorld — Chronique littéraire.
Le Syndrome E
Et si certaines images pouvaient réveiller le pire en nous ?
Le Syndrome E — Franck Thilliez




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