L`envers des mots
Just Kids – Patti Smith
Une chronique littéraire de Fab
« Souris pour moi, Patti, comme je souris pour toi. »
Dernièrement, on m’a recommandé un livre.
J’ai joué le jeu sans vraiment savoir à quoi m’attendre.
« Surtout, ne te renseigne pas sur l’autrice avant, pour vraiment découvrir cette histoire. »
J’ai donc ouvert Just Kids de Patti Smith dans une ignorance totale.
Subjugué par ce roman, surtout par son histoire et celle de Robert Mapplethorpe, j’ai décidé de lui dédier une chronique.
Entrer dans ce récit, c’est pénétrer leur vie, inspirante et rocambolesque.
C’est une vraie claque.
De quoi ça parle ?
Just Kids, c’est tout d’abord une promesse. La promesse de raconter une histoire et de l’inscrire dans le temps ; de la rendre immortelle.
Tout au long des pages, Patti nous raconte son histoire, et celle de Robert.
Le récit, autobiographique, se concentre sur leur jeunesse fiévreuse dans les rues de New York, dans les années 60, jusqu’à leur ascension dans le monde de l’art.
On lit un texte d’une authenticité hors pair, qui se construit avec des moments de confession et des retours dans le passé, jusqu’à l’enfance.
Avec une grande sincérité, l’autrice nous ouvre leur intimité sans jamais tomber dans le pathos.
Pour respecter l’instruction que l’on m’avait donnée, je vais tâcher de ne pas trop en dire sur leur parcours, afin que ceux qui, comme moi, ne connaissent pas leur histoire puissent la découvrir dans le roman.
Brièvement, Just Kids, c’est l’histoire d’une dévotion absolue à l’art, à sa destinée, mais aussi une histoire d’amour et d’amitié sur une toile de fond faite de références au jazz, au folk et à la pauvreté.
Le point de départ, c’est cette rencontre qui a bouleversé sa vie : celle de Robert Mapplethorpe.
Encore jeune, rêveuse et animée par son ambition d’être une artiste, alors qu’elle est perdue, Robert lui apparaît tel un ange qui la portera ; une partie d’elle-même.
Tous deux sans argent, sans stabilité, mais habités par une conviction sourde d’être appelés à une forme de création, ils vivent tantôt dehors, tantôt dans un loft insalubre, puis ici et là, et ne survivent que grâce à leur amour et à leur obsession pour l’art.
Entre eux se noue un lien immédiat, instinctif, total. Ils deviennent tour à tour amants, frères d’âme, confidents, soutiens réciproques, compagnons d’errance.
Ils dorment ensemble, s’aident à manger, se sauvent parfois l’un l’autre du désespoir.
Ils se regardent devenir.
Just Kids, c’est découvrir un New York disparu, avec ses cafés d’artistes, ses « diners » insalubres et ses hôtels miteux.
C’est la course derrière un rêve, le développement de leur talent et l’oscillation entre cette destinée et le doute ou le désespoir.
Par son écriture élégante et rythmée, Patti Smith nous entraîne dans leur vie et dans l’intimité de leur amour.
Robert, et leur relation, occupent une place majeure dans sa vie.
Enfin, dans une langue à la fois accessible et délicate, elle nous dépeint la psyché de celui qui deviendra une légende de la photographie, ses travers, ses obsessions, mais surtout, elle nous raconte, avec une transparence totale, leur relation.
Patti Smith écrit non seulement leur légende, mais aussi un texte sur l’identité, l’importance et la force de l’art, la pauvreté et l’amour absolu.
Profondeur de l’œuvre
En profondeur, Just Kids est un grand récit de formation. Mais il ne s’agit pas seulement d’assister à l’éclosion de deux carrières.
Ce qui se joue ici est bien plus profond : Patti Smith et Robert Mapplethorpe apprennent à devenir eux-mêmes, se découvrent et découvrent le monde.
La recherche de l’identité et la façon dont elle se construit constituent un thème majeur de l’œuvre.
Une force extraordinaire s’en dégage : celle de croire en soi, en ses convictions. C’est une leçon d’écoute de ses intuitions.
À cette époque, Robert et Patti ne sont personne, mais ils croient infailliblement à leur vocation d’artiste.
Ils abandonnent tout pour cela, sans même savoir vers quel art les mèneront leurs talents.
Ils sont unis par cette quête de création bien plus que par la course au succès.
Le roman ne ment d’ailleurs pas sur les aspérités et la lenteur du chemin, empreint de doutes, d’échecs et de pauvreté.
Le texte met véritablement en avant la puissance de l’art comme une force dévorante.
Au gré de leur histoire, on observe cette énergie comme un état à part entière.
C’est le socle de leur existence ; leur seule raison d’être.
Mais le concept est prolongé par leurs prédécesseurs, qui les ont marqués et plongés dans cette dévotion, comme Baudelaire, Genet, Rimbaud, Bob Dylan, Coltrane ou J. Hendrix, et bien d’autres encore.
Par ailleurs, le roman est une véritable ode à ces artistes parfois oubliés ou inconnus, et un condensé de références artistiques foisonnantes.
Ainsi, le livre nous met face à ces rencontres avec de jeunes artistes et d’autres marginaux, qu’il présente comme décisives dans la construction de soi.
On ne naît pas seul, mais de l’impulsion d’événements et d’autrui.
Cela semble être l’essence même de la création.
Et Patti Smith identifie, à travers son histoire, le point de départ de sa création : la fragilité et l’incertitude face à la nécessité intérieure.
Elle parle alors à tous ceux qui ont déjà été envahis par un élan encore informe, une vocation sans mode d’emploi.
Mais Patti nous livre aussi son histoire avec Robert.
Ici, je tâcherai de rester assez vague pour vous laisser le plaisir de vous plonger dans le roman sans trop en savoir.
Mais ce que je peux vous dire, c’est que le récit, à la fois dur et poignant, décrit un amour véritable.
Elle parvient à nous faire vivre l’intensité de ce lien indéfectible et nous plonge dans la réalité de cette dualité de passion et de désespoir.
C’est avec une grande pudeur qu’elle nous rend complices de leur intimité, ne cachant rien, pas même leur fragilité.
La fidélité est un sujet omniprésent dans leur relation. Elle nous montre qu’il en existe deux formes distinctes : la fidélité corporelle et la fidélité émotionnelle.
Sur ce point précis, je n’en dirai que très peu.
L’autrice nous met face à notre conception de la fidélité.
Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’en lisant cette histoire, on ne peut que voir la portée d’un amour absolu où, même si parfois les chemins empruntés nous éloignent et nous séparent, le lien indéfectible ne se rompt pas ; ce sentiment ne s’efface pas.
Finalement, là est peut-être la vraie fidélité, le vrai amour : être là pour l’autre quoi qu’il arrive, même si la relation change ; s’aimer encore et à jamais.
Réfléchir une fois le livre refermé
J’ai longuement réfléchi à écrire une section sur Patti Smith, pour vous présenter cette artiste particulièrement inspirante, mais en même temps, je souhaitais préserver sa légende pour vous laisser la possibilité de la découvrir entre ces pages.
Mais personnellement, elle m’a mis face à cette question :
« Qu’est-ce qu’être artiste ? »
Alors, à la suite de cette lecture, je me demande jusqu’où je le suis et l’assume.
Elle a fait naître en moi la nécessité d’assumer ma dévotion à l’écriture.
Jusqu’ici, je n’avais jamais autant envisagé de tout abandonner pour ce dessein, peu importe le chemin, aussi sinueux soit-il.
Mais elle a su aussi m’exposer la complexité de l’amour.
Alors, je ne vous propose aucune réflexion, aucune question ; je vous laisse avec ce silence.
Ce silence qui règne à la fin du livre.
Respectueux, admiratif et intense.
Ainsi, je souhaite juste conclure en vous disant que je me suis renseigné, au-delà de l’ouvrage, sur Robert et Patti, et qu’à nouveau, un silence rempli d’admiration s’est imposé.
Patti et Robert sont des légendes inspirantes, dont nous avons tous à apprendre.
Petit fait amusant : Patti Smith possède un compte Substack actif. Vous n’avez qu’à taper son nom !
Patti Smith sur Substack
Je remercie chaleureusement Zoé pour cette précieuse recommandation de lecture.
Texte de Fab
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Chronique reproduite sur TheLibrisWorld avec l’autorisation de son auteur.






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